Historique du club

La longue histoire du club Présences d’Esprits.

Allez, on vous dit tout (promis, juré, craché), des moments glorieux, comme des phases obscures et pleines de honte (si, si, j’ai les dossiers). Vous voulez vraiment, tout savoir ? Alors, c’est parti.

Il est né…

Au départ, le Club Présences d’Esprits s’appelait « Club Présence du Futur ». Tout comme la collection de SF édité chez Denoël. Heureux hasard ? Que nenni ! Le Club Présences d’Esprits est né du courrier des lecteurs de cette mythique collection, le jour où monsieur Denoël décida de limiter les frais postaux du « bulletin » qui tirait alors à plus de 2000 exemplaires. C’était en 1992, l’Homme, récemment sorti des cavernes, venait d’inventer l’électricité et de marcher sur la Lune. John Lenon avait été assassiné et Internet balbutiait encore dans l’esprit de jeunes étudiants américains (et boutonneux de surcroît). Alors un matin, comme ça, monsieur Denoël convoqua, dans son bureau, Yvonne Maillard, chargée des relations presse de PdF (i.e. Présence du Futur, pour les plus lents d’entre vous). Même qu’il s’est fâché tout rouge. « Oui », qu’il disait comme ça, « tu te rends pas compte, Yvonne, combien ça nous coûte tes conneries. Tu veux notre ruine ou quoi ? », etc. Sauf que oui, Internet n’était pas né. Alors, hein, comment vous auriez fait vous, pauvre amateur de SF, perdu au milieu de la campagne (ou pire à Troyes ou à Clermont-Ferrand) pour trouver quelqu’un qui lisait les mêmes trucs que vous ? Le « bulletin », c’était une très bonne idée et pas étonnant qu’il connût (connaissasse ?) un énorme succès. De toute la France, des amateurs de SF jusqu’ici méprisés, moqués, conspués dans les rayons « livres » du mammouth dès qu’il s’apprêtait à glisser discrètement dans son caddie, un exemplaire du Catalogue des âmes et des cycles de la SF de Stan Barets. Mais Yvonne, elle a eu l’idée du siècle. Elle a négocié un dernier courrier et monsieur Denoël a accepté un envoi à 500 personnes. Alors, parmi les 2000 adresses, 500 ont été tirés au sort et se sont vu proposer, contre finance, de former une association. L’existence du Club a été officialisée, très exactement, le 9 septembre 1992 par une inscription à la préfecture de Paris, au registre des associations « loi 1901 » à but non-lucratif sous le nom de club Présence du Futur.

De PdF à PdE.

Mais qu’est-ce qui s’est passé, nom de dieu ? Pourquoi le club Présence du Futur a-t-il soudain décidé de changer de nom ? Et pourquoi avoir choisi ce nom à la con qui fait secte étrange ou chasseurs de fantômes ? Ce n’est pas très dur à comprendre. L’association a un jour souhaité prendre son indépendance vis-à-vis de Denoël. Du coup, il a été demandé aux membres du club de choisir un nouveau nom. Un vote a été organisé. Des dizaines de noms ont été proposées (sans censure), un premier tour de vote a eu lieu pour ne conserver que les premiers arrivés en tête. Si la liste des « nominés » comportait 5 à 6 choix, deux se détachaient déjà : Présences d’Esprits (car c’était le nom du fanzine que le club éditait depuis sa naissance) et Des Totos et des Lolos (un nom soutenu par une partie des membres du bureau de l’association). Comme quoi, ça aurait pu être pire. Bon, on va voir si vous suivez ce qu’on vous raconte. À votre avis, quel nom a été choisi à la suite du second tour du vote ?

Ben, il veut quoi le club PdE ?

La loi prévoit que les statuts d’une association doivent énoncer clairement son but. Celui du Club a été défini comme la « Diffusion et promotion de l’imaginaire fantastique sous toutes ses formes, connues ou à créer, qu’il s’exprime dans des univers ludique, littéraire, pictural, musical ou toute autre domaine artistique ou culturel. » Ça en jette, n'est-ce pas. Bon, en pratique, la vocation du Club est d’être un lieu d’échange et d’expression de chacun de ses membres. Il n’est absolument pas nécessaire d’être fort en thème ou en littérature, ni de connaître son Asimov ou son Tolkien sur le bout des doigts pour s’inscrire au Club. Il suffit juste de se sentir un peu mutant dans sa tête ou nostalgique du pays des fées, avoir un caractère de troll ou encore des envies de navette spatiale.… La raison d’être du Club semble donc être de : * favoriser le rapprochement de personnes de personnes qui, sans se connaître, n’en parlent pas moins un même langage, et de * favoriser l’expression et la diffusion de ce langage propre grâce à la revue Présences d’Esprits, pour explorer ce qu’on pourrait appeler un art de vivre, puisqu’on y retrouve toutes les formes d’expression artistiques, réflexives, ludiques...

Cacahouètes et peaux de saucissons.

Conçu à cette époque préhistorique où l’Homme s’en remettant encore à un monsieur en uniforme appelé facteur pour communiquer avec autrui, il est clair que le club est né de la demande d’information et de communication. Dans sa publicité de l’époque, on pouvait lire quelque chose comme : « Il semble n’y avoir, entre les membres du Club, ni unité d’âge, ni un quelconque lien lié à une origine socioculturelle… Peut-être, le seul point commun est-il une certaine unité de pensée autour de ce qu’on pourrait appeler une culture SF ? Aventurier à la recherche d’une forme d’expression non conventionnelle, l’amateur de science-fiction ou de fantasy souffre souvent d’un isolement géographique et culturel. Naufragé sur un monde aride, son cri de détresse est tout d’abord : “Suis-je seul de mon espèce ?”... » Rapprocher cette communauté, le club essayera de s’y employer en publiant chaque année, un annuaire des membres adresse postale, détail des hobbies et délire à l’appui. Il tentera en vain d’essaimer des dîners mensuels dans plusieurs départements métropolitains. Seul celui de Paris perdurera. Côté communication, le n°1 du fanzine Présences d’Esprits paraît dès novembre 92. Il est doublé, côté information, par une lettre d’information à la publication plus erratique (mais au moins 6 numéros sont envoyé ces dernières années). Ces publications représentent une grosse dépense d’énergie pour les membres actifs du club. Il faut dire que si Présences d’Esprits est sensé être le lieu d’expression des adhérents du club (ou plus largement, des amateurs de SF et de fantasy qui n’ont pas accès à d’autres espaces d’expression), il hérite aussi de l’exigence de qualité cultivée chez Denoël. Des relecteurs ou des responsables de rubrique aident les auteurs d’article pour PdE à les retravailler. Et si durant les premières années, que deux numéros sont publiés chaque année, le zine devient réellement trimestriel dès 1999 avec son n°19. Mais cette exigence n’empêche pas la bonne humeur et il paraîtrait qu’à certaines époques (1996, 1997, 1998 ?), les mises sous pli du zine étaient un peu trop arrosées et que certains, emportés par leur enthousiasme, glissaient dans les enveloppes divers chips, cacahouètes et autres peaux de saucisson. Il faut bien que jeunesse se passe. Mais voilà, le temps fut venu. Durant toutes ces années, Internet est né, Internet a grandi. Et le club, hein ? le club, il était content, le club. Il pouvait enfin la créer sa communauté. Sauf que finalement, non. Le club, il a décidé qu’il aimait bien l’impression papier, qu’il préférait respirer du livre ou de la BD. Bon, il s’est fait un site Internet, bien sûr. Mais alors que de nombreux fanzines jetaient arrêtait d’imprimer et convertissaient leur fanzine en webzine. Le club, lui, il a continué comme avant, avec peut-être même un peu plus d’énergie.

Écrire, réécrire qu’ils disaient…

Il faut dire qu’au club, l’écriture, on aime ça. Tiens, revenons un moment à sa préhistoire. Parmi les activités du club, un comité de lecture. Les adhérents pouvaient y envoyer leurs nouvelles et recevaient en retour des critiques (et tout ça, par la poste). Les meilleures nouvelles étaient publiées dans PdE. Ce comité a compté plus de 100 membres. Ce comité a permis notamment de présélectionner les nouvelles (plusieurs centaines reçues) pour le concours de nouvelles sur le thème des musées et de la SF organisé par la Direction nationale des musées et Présence du futur. Les nouvelles primées ont été édité par PdF dans un recueil sous le titre Musées des mondes énigmatiques. C’est aussi au sein du comité de lecture (grâce à son responsable Benoît Joguet) qu’est née une autre idée folle : la mise en place d’atelier d’écriture. Cela se passait en 1996. Et en 1996, si ce genre d’activité est très prisé aux États-Unis. En France, elle est considérée comme du n’importe quoi (« on n’apprend pas à écriture » nous disaient alors la plupart des écrivains que nous démarchions). Pourtant, ces ateliers se mettent place en septembre 1997. Puis, leur nombre de sessions devient régulier à partir de septembre 1998 (5 à 6 week-ends par an et trois stages d’été d’une semaine). Les participants réguliers sont récompensé de leur effort avec la publication d’une première (puis d’une deuxième anthologie) intitulée Esprits mutants, première (puis seconde) génération. Tout ce travail sur l’écriture débouche aussi sur un constat : la nécessité de publier davantage de nouvelles (d’autant que le club anime aussi un concours de nouvelles). C’est pourquoi, le fanzine AOC est créé en novembre 2004 (à raison de 3 numéros par an). De cette manière, les rôles sont maintenant bien partagés. PdE (format A4) est un magazine qui publient dossiers, interviews, articles, critiques et illustrations. AOC (format A5) est une revue qui publie des nouvelles, des nouvelles graphiques, des illustrations et des articles sur l’écriture… La lettre d’information du club vient compléter tout cela…

Dessine-moi un mouton (électrique)…

Et le dessin et l'illustration, alors ? Il fait quoi, le club là-dessus ? Et bien, très cher ami, le club, il a commencé par créer avec le centre d'animation des Abbesses (Paris, 17e) un festival qui s'appelait Visions du Futur. Sa première édition a eu lieu en novembre 1996 au centre d'animation justement, puis en 1998 à la Mairie du 17e arrondissement de Paris. Ce festival n'était pas uniquement tourné vers l'illustration, mais l'exposition (100 à 200 toiles d'une quarantaine d'illustrateurs différents) avec son prix du public, en était le principal intérêt. Bien sûr, des écrivains venaient aussi dédicacer et le club organisait aussi au sein de ce festival un concours de nouvelles. Si le festival s'est arrêté en 2002, le concours, lui, continue chaque année. Durant longtemps, PdE était imprimé entièrement en noir et blanc. Aussi le travail des illustrateurs n'était pas bien mis en valeur. Pourtant, le club a fait beaucoup d'efforts : la publication d'une carte postale, puis de 4 illustrations a permis de montrer le travail de certains de ses collaborateurs. Et puis, miracle, en décembre 2005, la couverture de PdE (n°42) passe en couleur. Alors, il n'y avait pas de raison de ne pas effectuer le même travail avec l'illustration que celui que nous avions fait pour l'écriture et la nouvelle. D'ailleurs depuis 2007 (???), le club organise aussi des ateliers d'illustrations.

Et quoi, alors c'est tout ?

Non, pas tout à fait. Il faut aussi signaler que le club Présences d'Esprits gère aussi le prix Merlin. Chaque année se réunit la convention française de la Science-fiction et chaque année ses participants votent pour un roman et une nouvelle de SF publie depuis la convention précédente et leurs remettent le prix Rosny-Ainé. Et comme le club est souvent présent à ces conventions. Une année, il s'est dit que c'était dommage qu'aucun prix similaire ne récompense des romans et nouvelles de fantasy ou de fantastique. Du coup, il a créé le prix Merlin.

Et maintenant, parlons pognon, bordel à queues !

Bon, mais toutes ces activités, ça coûte du pognon. De quoi, il vit alors le club Présences d'Esprits ? Et bien, force est de constater que si l'associatif, ça eût payé et bien, aujourd'hui, ça paie plus ! Dans ces premières années, le club Présence du Futur a été subventionné par Denoël. En prenant ses distances vis-à-vis de cet éditeur, le club a finalement perdu cette manne, et n'a pas réussi, non plus, à intéresser d'autres généreux donateurs. En 1999, le zine Présences d'Esprits obtient une aide du CNL qu'il perd en 2006. Et voilà, c'est tout. Nos fonds proviennent donc des cotisations, des abonnements et des quelques ventes effectuées los des festivals auxquels le club participe. Alors, hein, n'hésitez pas ! Abonnez-vous, rabonnez-vous qu'ils disaient…